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CONFÉRENCES ET INTERVENTIONS : NOS ACTIONS 2018

24 mai 2018

Depuis notre retour de Hong Kong en août 2017 nous travaillons à partager à un public le plus large qui soit nos actions, notre expérience et le bilan de nos recherches. Pour cela nous avons frappé à toutes les portes : écoles, universités, musées, galeries, centres culturels, cinémas, collèges etc. afin de n’exclure aucune audience, aucun interlocuteur, aucun média. Il ne fut pas toujours aisé de s’intégrer à des structures qui ont souvent une ligne directrice déjà prédéfinie, de se faire une place dans des programmations souvent prévues des mois à l’avance, ou de convaincre de l’importance de s’ouvrir à la question internationale même dans un contexte régional. Bien que nous défendons ce choix avec conviction, le fait d’être une association indépendante non affiliée à un organisme conventionné ne nous a pas facilité les démarches. Enfin il faut avouer à la France, mise au regard de nos expériences à l’international, un grand manque de spontanéité et d’ambition dans la mise en place de projets culturels, et ce même si elle témoigne toujours d’un profond intérêt pour les sujets et questions que nous soulevons. C’est dommage car l’envie est bien réelle. De notre point de vue c’est le public qui en pâtit le plus. Un public qui à chaque événement est toujours au rendez-vous, curieux, intéressé et dynamique. Un constat qui à la fois nous conforte dans notre mission de partage et nous frustre de ne pouvoir avoir un champ d’action plus vaste.

C’est bel et bien au sein des écoles d’architecture et des universités, plus particulièrement grâce à des étudiants motivés, que nous avons trouvé le meilleur accueil. À chaque école il nous a fallut adapter notre intervention afin de répondre au format ou au thème de conférence. Un exercice auquel nous nous prêtons très volontiers. Nous avons commencé nos actions à Sciences Po Bordeaux à l’occasion de la semaine des villes durables en y présentant une vidéo, disponible ci-dessous, sur les initiatives durables portées par les habitants de Détroit. Un public nouveau pour nous à l’époque qui à notre égal se préoccupe des enjeux socio-économiques et politiques des villes mondiales en mutation. Il est alors fort stimulant de débattre avec eux sur ce sujet tout en les interpellant sur la question de l’identité et du patrimoine.

Nous avons ensuite entamé une série de 3 conférences au sein des ENSA de France, à commencer par l’ENSA de Bretagne à Rennes fin janvier. Prévu depuis l’été 2017 elle fut le fruit d’une longue correspondance. Nous y avons présenté l’intégralité de la synthèse de nos travaux tout en transmettant aux étudiants notre expérience. Intitulée très succinctement : “La fabrique du patrimoine XXème – De l’industrie à la ville marchandise : quel héritage architectural dans l’évolution urbaine mondiale” elle fut pour nous la concrétisation orale de ces deux dernières années de travail . Comme nous étions intégrées au cycle de conférence de l’école nous avons profité d’une organisation rodée et d’un accueil sans précédent. Toutes les conférences de l’ENSAB sont enregistrées et archivées ce qui nous permet de garder une trace de cette conférence et de pouvoir vous la partager aujourd’hui :

Viendra en suivant en avril une conférence à l’ENSA Marseille et une autre à l’ENSA Saint-Étienne toutes deux organisées par des associations étudiantes respectivement : Hum et Imhotep. Montées sur un format plus court et convivial laissant davantage place aux questions et aux débats, nous avons eu de précieux échanges avec les étudiants, intéressés autant par la recherche que par notre mode de fonctionnement et nos parcours.

Enfin nous avons clôturé ce cycle par une ultime conférence à Science Po Paris. Invitées par les étudiants de l’École Urbaine et de l’association In Situ, nous avons présenté de manière engagée une utopie nostalgique pour le futur de nos villes françaises. Elle est le résultat à la fois des conclusions tirées de nos enquêtes à l’international et de nos convictions personnelles sur le patrimoine et la situation architecturale en France aujourd’hui. Composée d’un texte brossant une utopie future à Cahors, d’un diaporama la contextualisant au regard des faits actuels, et d’une vidéo présentant la conservation dans les villes que nous avons étudiées, c’est aujourd’hui le texte que nous souhaitons vous partager afin, nous l’espérons, de vous faire un peu rêver.

 

 

 

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PRAIRIE ET AUTRES 100 MOTS DU PAYSAGE

20 mars 2018

En Avril 2017, nous avons été contactées par la maison d’édition Bookstorming afin de participer à la rédaction de l’ouvrage collectif “Les 101 mots du paysage”. Le livre, présenté à l’occasion des Rendez-vous de la Matière à Paris où nous étions présentes, est paru fin 2017 et c’est avec joie que nous vous invitons à y jeter un coup d’œil.

A cette occasion, nous avons choisi de nous pencher sur le terme “prairie”. Marquées par les fantômes urbains de Détroit recyclés aujourd’hui en agriculture urbaine, ce thème nous semblait tout aussi approprié dans un contexte citadin français en mal de nature. Nostalgiques des prairies champêtres et idylliques de notre enfance, les villes les ont grignotées petit à petit. À moins que ce ne soient elles qui s’y sont immiscées, reprenant silencieusement leurs droits …

Nous vous offrons un extrait en exclusivité :

” Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître”, quand les prairies multicolores faisaient danser leurs fromentaux et myosotis au rythme du vent. L’herbe en ce temps-là  s’étalait sauvage à la campagne et l’on arpentait les vastes étendues bucoliques avant de s’arrêter transformer des pâquerettes en couronnes et des coquelicots en danseuses. Évanoui le paysage insoumis. Dompté par l’homme qui a su l’apprivoiser, le détailler pour mieux le contrôler, il s’invite dorénavant au cœur des villes… “


Parc national de la Vallée de la Mort / Nevada – États-Unis

Actualités, Dubaï, Hong Kong

NOS VŒUX POUR 2018 !

11 janvier 2018

__________________________///  ! TOUTE L’ÉQUIPE DE THE H PROJECT VOUS SOUHAITE UNE EXCELLENTE ANNÉE 2018 !   ///______________________________

Nous n’avons aucun doute sur le fait que vous avez passé de joyeuses fêtes, peut-être le nez dans la neige, les pieds dans les sapins, et les yeux dans les chocolats. Le passage à la nouvelle année c’est aussi le moment de faire le point sur l’an passé et toutes les belles aventures, architectures, rencontres et découvertes qui ont ponctué chaque saison. Il est donc grand temps de vous partager en exclu quelques extraits vidéo de DUBAI et HONG KONG qui furent les deux temps forts de cette année pour notre équipe. Et qui sait, à la fin, nous vous en dirons peut-être un peu plus sur 2018…

 

En 2018 prenez le temps, de tenter la folie, de concocter de beaux projets, d’aller au bout de ceux en cours, d’être amoureux, de prendre soin de vous, de nous, et surtout de rêver en agissant. BONNE ANNÉE ! <3

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SEMAINE #10 // BIENVENUE À HONG KONG

3 novembre 2017

Jour J____ BIENVENUE À HONG KONG !

Arrivées tôt le matin depuis Dubaï, nous mettons le pied dans ce qui sera la dernière étape de voyage de The H Project. Nous débarquons donc avec l’envie de tout voir, tout absorber dans un délai qui sera hélas plus court que dans les autres villes. Dès l’approche en avion nous ne perdons pas une miette du nouveau paysage que nous allons arpenter.
Force est de constater que nous passons d’un extrême à l’autre – du désert arabe à la végétation dense subtropicale ; de l’espace excessif à l’entassement urbain. Nous ne sommes cependant pas dépaysées climatiquement parlant : chaleur, humidité et frisottis seront de mise pendant tout notre voyage.

26 juin 2017 – L’équipe prête à embarquer pour Hong Kong à l’aéroport de Dubaï

 

 

 

Jour J______ Nous commençons l’exploration par le quartier le plus médiatisé et le plus occidentalisé : Central. Cœur financier et commercial, il rassemble les tours les plus connues de la skyline de Hong Kong. The Center (DLN Architects), Two IFC (International Finance Centre, de César Pelli)… sont de celles que nous passerons ce premier jour. L’occasion également d’expérimenter la circulation sur les passerelles, typique de cette ville tout en superposition verticale.

Notre balade nous conduira jusqu’aux débarcadères du port Victoria d’où nous aurons notre premier aperçu de la péninsule de Kowloon qui fait face et des bateaux Star Ferry mythiques (opérationnels depuis 1888 !). C’est finalement sur le rooftop du IFC mall, la tête dans les gratte-ciel que nous choisirons de passer la soirée.

J+1______ Cette journée démarre par l’exploration de SoHo, quartier dans lequel nous logeons temporairement. Situé entre les districts côtiers plats et les collines , il a la particularité d’abriter un Escalator interminable en plein air : 796 mètres de long pour environ 135 mètres de dénivelé. C’est savamment pensé que son système permet aux Hongkongais de descendre vers leur lieu de travail entre 6h et 10h le matin et aux autres usagers de faire l’ascension sans encombre jusqu’à minuit.
Ces secteurs résidentiels, commerçants et nocturnes sont ponctués d’immeubles de logements hauts et fins, de ruelles colorées et de bâtiments historiques.



Dans Bridges Street, nous essuierons d’abord la déception de ne pouvoir observer le Bridges Street Market, caché par des bâches du fait de sa réhabilitation en un Centre d’Accueil et d’Éducation. Construit en 1953 dans le style moderne, le marché est classé bâtiment historique de grade 3 depuis 2011.
Plus loin, toujours dans la même rue, la Chinese Y.M.C.A. de Hong Kong, construite en 1918 dans un style mélangeant École de Chicago et toiture chinoise retient notre attention. Il faut dire que la brique n’est pas monnaie courante ici en 2017 ! D’autres subsistent également dans le quartier, il s’agit de celles de l’ancien Institut de Pathologie. Construit en 1906 dans un style édouardien, il a été déclaré monument en 1990 puis reconverti en Musée des Sciences Médicales en 1996.

Nous redescendons vers le quartier de Sheung Wan, dans lequel nous observons l’Occident s’effacer au profit du marché et autres étalages de produits médicinaux traditionnels.

Hong Kong possède depuis 2001 un département appelé “Urban Renewal Authority” destiné en partie à la reconversion de bâtiments historiques. Le premier aperçu de cette politique de réhabilitation hongkongaise nous est donné à travers la Comix Home Base dans le quartier de Wan Chai. L’URA, associé au Hong Kong Arts Centre rachète 10 “shophouses” datant des années 20 (classées bâtiments historiques de grade 2) pour les transformer en un complexe artistique. Ouvert depuis 2013, il rassemble studios d’artistes, espaces d’exposition et bibliothèque de comics. Un étage nous retient particulièrement : des étudiants en paysage y exposent leurs rendus finaux.

Autre particularité de la ville que nous découvrons dans le quartier : la “tong lau”, typologie de maison de ville couplée à un commerce (shophouse) dont la façade sur rue se pare de vérandas. Outre celles réhabilitées de la Comix Home Base, celle abritant désormais le restaurant The Pawn se démarque et s’impose dans les rues de Wan Chai.
De nouveau ce soir-là, nous rentrons par Central et nous retrouvons juste au pied des tours illuminées à la nuit tombée.

J+2______ Après avoir parcouru la jungle urbaine par la rue, il était grand temps de prendre un peu de hauteur et d’apprécier la densité du territoire depuis le point le plus élevé de l’île de Hong Kong. Direction le Victoria Peak ! Nous démarrons la randonnée depuis les Mid-Levels, au pied des immeubles d’habitation aisés encastrés dans la pente, pour progressivement s’enfoncer dans la flore luxuriante. Dans la montée se succèdent vestiges de zone de défense militaire et parc propice aux photos de mariage avant la destination ultime du touriste digne de ce nom : la Peak Tower qui offre un belvédère pour apprécier la vue tout en faisant du shopping. Nous préférons rester sur le sentier de marche et faire le tour du sommet afin de s’imprégner sous tous les angles possibles de la nature et le béton que nous surplombons.

Nous passerons la soirée de l’autre côté du port Victoria, à Tsim Sha Tsui quartier de la péninsule de Kowloon qui fait face à Central. Nous y découvrons une agitation décuplée et aurons nos premiers aperçus des “corner houses” (bâtiments composites, mêlant commerces, habitations et services sur plusieurs étages).

J+3•4•5______Cette première semaine s’achève aussi intensément qu’elle a commencé. Dès notre 4e jour nous sommes invitées à la Hong Kong University où nous avons l’honneur de rencontrer Ho Yin Lee. Professeur en charge du Programme de Conservation Architecturale, il nous reçoit pendant pas moins de 3 heures et nous couvre de documents sur l’héritage XXème local. Après avoir déménagé sur la péninsule, nous faisons connaissance avec les quartiers de Kowloon City et de Sham Shui Po dans lesquels nous découvrons la Kowloon Walled City et la Mei Ho House – méritant l’une comme l’autre des articles à elles-seules.
L’aventure hongkongaise ne fait alors que commencer, et l’on comprend que l’on y vivra au rythme de la ville : frénétiquement !

Actualités, Laboratoire d'Idées

AGORA 2017 – REVIVEZ LES EXPOSITIONS DE BOGOTA ET HYDERABAD

27 septembre 2017

Pour sa 7ème édition, la biennale d’architecture, d’urbanisme et de design AGORA a souhaité mettre à l’honneur le grand oublié de ce nominatif à rallonge : le paysage. Le paysage métropolitain plus exactement car il est bien question ici de l’espace public en ville, terrain de recherche de cette biennale qui, comme son nom l’indique, cherche à rassembler sur des questions sociales et politiques les habitants de la cité.

Ainsi du 20 au 24 septembre, le Hangar 14 proposait expositions et débats sur des questions tournées vers le territoire et ses échelles, l’agriculture, le dérèglement climatique et le paysage dans l’air numérique. 5 jours, c’est un peu court selon nous pour parcourir tout les stands, les activités et profiter pleinement de toute cette matière riche mise à notre disposition gratuitement. Une matière qui a pris du temps et de l’énergie pour être créer. Une semaine c’est aussi le temps nécessaire pour certains citoyens d’être informés de l’évènement, le temps pour le bouche à oreille d’opérer. Une intensité cependant défendue par les organisateurs qui préfèrent une activité dense, stimulateur d’idées, qu’une activité sur le long terme plus pédagogique. Les deux se défendent, le tout est de l’assumer.

Cependant aujourd’hui nous ne ferons pas de retour sur le Hangar 14. Non. Pour aborder le paysage il nous semblait plus intéressant de vous parler d’un parcours. Ça tombe bien, AGORA c’est aussi une multitude d’actions et expos dans la ville. Et comme on est friandes de ce qui se passe à l’international, on est allées découvrir les paysages métropolitains de Bogota et Hyderabad, deux villes qui ont répondu présente à l’appel d’AGORA. La première a posé ses valises dans l’espace Saint-Rémi, somptueuse église réhabilitée en espace culturel.

Là, les Colombiens ont mis le paquet pour nous immerger dans leur culture et leur ambition de faire de Bogota une ville mondiale verte et sécurisée. Cartographie interactive (qui nous a bien occupé 30min !), paysages sonores, photos, concepts urbains et vue aérienne gigantesque au sol, le dépaysement est total et réussi. Le café colombien et les pâtisseries sont offertes par des élèves de l’Escuela Taller, ils savent nous prendre par les sentiments ! On sort en ayant saisi les enjeux de cette ville nichée à 2 640m d’altitude, qui s’est développée du sud au nord au pied des montagnes et rivières. Courez-y ! L’expo se prolonge jusqu’au 1er octobre.

Avant de nous y rendre à cette occasion, on était pas au courant que la brillante agence espagnole RCR avait construit à Bordeaux. Réhabilité plus précisément, puisqu’il s’agit là d’un bâtiment en pierre des plus classique, niché discrètement dans la rue Marengo à Saint-Michel. Sur la façade on peut encore lire d’anciennes inscriptions mais la nouvelle poutre en acier et les grilles verticales strictement alignées annoncent un tout autre univers architectural à l’intérieur. Dès lors, on ne sera pas déçues. Bien au contraire. A peine le palier franchi on reste sans voix devant une grande hauteur structurée par une charpente en bois rustique qui se marie très bien avec la pierre des murs mitoyens et l’acier brut allégé par un découpage en lamelles fines. Si la matérialité est belle, l’espace et le soucis du détail ne sont pas sans restes. Pour rejoindre l’exposition, on contourne un long banc en acier qui fait office de garde-corps (malin !) et on descend un escalier qui semble tout droit nous mener dans d’anciennes caves à vin.

Là, les voutes ont été conservé mais c’est bien le sol neuf qui attire notre attention : du gravier blanc contenu dans des alvéoles en plastique elles-même solidarisées et fermées en dessous par du géotextile. Le gravier ne bouge pas, le pas accroche mieux, c’est brillant. Outre l’architecture du lieu, l’exposition se déploie sous 3 voutes. Hyderabad nous est conté en photos : comparant différents lieux emblématiques de la ville à 1 siècle de différence, en cartes anciennes et en vidéos présentant l’écosystème vital d’une ville millionnaire.

Mais c’est bien au bout de l’exposition, prenant place dans une salle grandiose aussi haute que longue, que on prend conscience du paysage rocheux et de l’hydrologie caractéristique de cette ville étendue sur le plateau du Deccan en Inde du Sud. Une maquette en bois, réalisée par les étudiants de l’ENSAP Bordeaux sous la direction de J. Kent Fitzsimons, rend compte de la topographie et l’hydrographie unique du lieu. Invitées à marcher dessus, on mesure d’abord la géologie du sol avant de découvrir, à une toute autre échelle, l’urbanité qui si meut matérialisée par des maquettes en lévitation. L’éclairage, la qualité des maquettes tout autant que la superbe de la pièce, on est fans. C’est sur des notes de musiques indiennes qui semblent nous avoir téléportées dans un monde à part que nous quittons cette belle découverte… Direction les quais !

On était curieuses de voir comment le centre historique, minéral au possible, allé s’emparer de cette question du paysage. Sans grande surprise, il a tout misé sur ses quais et son rapport au fleuve. C’est redondant mais ça marche. Tout le monde s’en félicite, aussi bien qu’en hommage à son grand créateur, AGORA se clôturera par l’inauguration de la “promenade Michel Corajoud”. Pour l’occasion 1800 plants de tomates ont été aligné sur la rive gauche. Des tomates destinées à tous. Au niveau de la place de la bourse les jardineries Truffaut ont installé un potager urbain. Invitant à la détente, les gens se laissent aller sur les poufs à billes, à l’ombre des parasols avec, en décor, des choux, des graminées et des géraniums. La fontaine des Trois Grâces verse du “vin”, on n’y croirait presque.

Sur le miroir d’eau, un cinéma en plein air a pris place. On peut enfin se poser sur des bancs grâce au design tentaculaire des œuvres de Pablo Reinoso. On oublierait presque que cette carte postale idyllique prendrait une toute autre tournure sans ce beau soleil. Oui, le paysage c’est aussi une question météorologique ne l’oublions pas. Et ce qui manquerait presque à cette biennale c’est ce temps de pluie, voir la temporalité des saisons, qui attribuent des atmosphères plurielles au paysage. D’ailleurs au passage vendredi 22, c’était l’automne.

Plus d’infos sur la biennale et les expos encore en cours ———–> AGORA 2017

Actualités, Laboratoire d'Idées

JEP 2017 – UN SOUFFLE DE MODERNITÉ DANS LES INSTITUTIONS

20 septembre 2017

Ce week-end se tenait en France comme partout en Europe les JEP : Journées Européennes du Patrimoine. Et comme chaque année on en a profité pour s’introduire dans des lieux en temps normal fermés au public et écouter les guides et usagers nous compter leurs histoires. Pour pas faire de jaloux on a visité un bâtiment XXème bien sûr : le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux TGI, mais également un ensemble issu de la fin du XIXème au programme assez singulier : le Centre Hospitalier Charles Perrens CHCP. Si vous n’avez pas pu profiter de ces journées, The H Project est là pour vous partager ses visites. Plongé dans deux institutions de l’État qui chacune à son époque aspiraient à un souffle de modernité.

En arrière plan la cuisine du CHCP, avec en premier plan l’emplacement de l’ancien bassin

 

CHCP

Le CHCP a tendance à souffrir de son image stéréotypé d’asile d’aliénés. Pourtant en son sein œuvre un pôle culturel très dynamique et bienveillant qui cherche à inviter la culture au sein de son établissement pour le faire vivre et briser ce mur invisible qui s’est construit inconsciemment avec la ville et ses habitants. Car le centre, comme toute structure publique, est ouvert à tous. Et l’architecture qui y demeure vaut la peine de gravir la petite colline.

C’est en 1885 que l’État charge l’architecte Jean-Jacques Valleton (1841-1916) de construire à Bordeaux une structure asilaire moderne en accord avec les théories aliénistes de l’époque. Les asiles pour femmes et pour hommes situés respectivement à Saint-Jean et à Cadillac, ne font guère honneur à la république nouvellement en place et aux besoins des patients. Une structure unique, destinée à toutes les classes sociales, proposant des soins à l’eau et pratiquant les électrochocs doit être pensée.

Vue du bâtiment de l’administration depuis la cours intérieure

Jean-Jacques Valleton, Bergeracois, à l’époque architecte départemental, a fait ses armes auprès de Paul Abadie avant d’arriver en 1863 à Bordeaux. Un apprentissage qui se traduit de par son architecture classique en pierre, sobre et symétrique. Pour s’acquérir de sa tache il est gracieusement payé pour aller étudier les architectures asilaires anglaises et parisiennes dont il s’inspirera en partie. A son retour il choisit comme implantation les anciennes terres viticoles du Château Picon qui s’étendent sur pas moins de 24 hectares. Elles sont dans un sens loin de la ville entre Bordeaux et Pessac au cœur des vignobles, mais assez proche pour être reliées au centre par l’omnibus à cheval de l’époque qui passait devant le Château. Le Château justement est un atout selon Valleton, bâti idéal pour accueillir les patients fortunés. A l’époque toutes les classes sociales recevaient les mêmes soins au sein d’une même structure mais elles n’étaient cependant pas logées à la même enseigne. Ce traitement de luxe accordé aux riches contribué à financer le fonctionnement de l’hôpital et les soins des autres aliénés. Sa situation à proximité du ruisseau du Peugue sera elle aussi déterminante pour alimenter le pavillon des bains destiné aux traitements des malades.

L’ancien Château Picon quelque peu transformé pour accueillir les malades fortunés

La construction débutée en 1887 sera relativement rapide. D’une durée de 3 ans, elle accueillera les premiers patients dès 1890. L’architecture de l’ensemble est rationnelle et fonctionnelle, la structure générale propre à la patte de Valleton est symétrique et pyramidale, les bâtiments étant plus haut au centre qu’aux extrêmes. Elle est organisée en peigne, les unités étant desservies par une grande galerie et centralisées autour d’un bâtiment charnière : la cuisine. La chapelle, témoignant de l’action indispensable des Soeurs dans les asiles de ce temps, se détache de la structure au nord et fait fasse au pavillon des bains. Tout autour, des pavillons sont dispersés pour loger une partie du personnel et les malades très aisés. Le tout est ouvert sur des cours végétalisées, un bassin, des serres et potagers et un parc au pied du Château qui offrent un cadre bucolique aux patients tourmentés.

Vue aérienne et description détaillée des usages des différents bâtiments

En 1974, pour en changer l’image et pour marquer l’approche désormais médicale des pathologies, l’établissement a été rebaptisé hôpital Charles-Perrens en référence à un médecin qui y a exercé. Aujourd’hui de nombreux changements notamment internes au bâti ont été opéré, s’adaptant aux nouveaux soins et à l’accueil des malades. C’est certainement l’aménagement paysager qui fut le plus transformé avec la construction de routes goudronnées et de parking au sein du centre, la fermeture et sécurisation des cours entre les unités, l’asséchement du bassin central remplacé par des palmiers ou encore la destruction des serres et jardins potagers au profit d’une extension contemporaine bâtie.

A gauche : intérieur de la chapelle bâti sur le plan d’une croix grecque / au milieu : détail d’un chapiteau décoré de pomme de pin, clin d’œil local / A gauche : détail de la façade principale

Si avec le temps de nouveaux bâtiments sont venus se greffer répondant à de nouveaux besoins, l’unité architecturale du centre demeure pourtant quasi intact. Mais pour combien de temps ? la cuisine, ancien point névralgique du projet de nos jours laissée en désuétude, attend toujours des financements pour accueillir le centre culturel tant espéré du personnel soignant et du pôle culturel. Quand aux deux pavillons de luxe situés à l’Ouest ils seront détruits avant la fin de l’année. Vous savez ce qui vous reste à faire : filez y jeter un coup d’œil !

Photo de gauche : l’extension contemporaine à gauche qui remplace les serres, et les pavillons qui vont être prochainement détruits à droite / Photo de droite : curieux mélange des genres

 

TGI

Non pas que l’étude du TGI nous est échappé durant nos études, mais c’est bien cette fois-ci l’immersion dans une partie habituellement interdite au public qui nous a attiré. Écouter le président du TGI nous exposer sa vision et son vécu du TGI au quotidien, ça n’a pas de prix.

Dans les années 1980-90 l’état lance des appels à projets publics afin de renouveler ses bâtiments judiciaires anciens et d’apporter un souffle de modernité à l’institution tout en améliorant son image. C’est dans ce contexte que le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux verra le jour, ouvrant ces portes en 1998 après quelques années de déboire au niveau des concours.
Le projet s’inscrit dans un site stratégique chargé d’histoire comprenant : le fort du Hâ (1453) classé Monument Historique en 1968, l’ancien palais de justice aujourd’hui cours d’appel également classé (1846), l’École Nationale de la Magistrature ENM (1972) et non loin de là la cathédrale Saint-André inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO au travers des chemins de Compostelle. Un défi délicat s’impose donc aux architectes : tisser avec l’histoire tout en clamant une envie de renouveau moderne.

A gauche : vue depuis le 5ème étage sur l’atrium et ses tirants et les “œufs” / à droite : vue sur l’atrium et l’œuvre de Pascal Convert représentant les 1% d’art dans chaque nouvelle construction publique

C’est à travers le symbolisme de la transparence de la justice que l’architecte britannique Richard Rogers trouvera un concept fort pour dérouler le fil de son projet. Reconnu pour ces constructions high-tech aux allures de machines, il se servira du verre pour traduire cette transparence, de structures métalliques pour amener de la légèreté et du bois pour adoucir l’ensemble et faire un clin d’œil aux cuves viticoles de la région. Mais c’est du point de vue du traitement urbain que l’architecte se démarque en prenant le parti de concentrer les volumes du TGI afin de dégager un grand parvis au pied du fort du Hâ. Celui-ci est ainsi mis en valeur tout en magnifiant le portail d’entrée et en offrant de l’espace public supplémentaire aux riverains.

Structurellement, le plan se décompose en 2 parties correspondant aux deux fonctions du palais : les bureaux et les chambres de conseils d’un coté et les salles d’audiences de l’autre. Les deux entités sont séparées au centre par un atrium ample diffusant la lumière et ventilant le bâtiment. Le temps démontrera que le système d’insufflation ne fonctionne cependant pas correctement. Afin de mettre en avant l’activité qui fourmille dans un tribunal, l’architecte place les bureaux à la vue des passants sur le cours d’Albert dans un rigueur architectural des plus conventionnelle au regard du contexte architectural historique. Le soubassement en pierre, volonté imposé de l’ABF, n’était d’ailleurs pas prévu à l’origine. Une transparence qui met mal à l’aise les magistrats, confrontés et exposés aux regards de certains prévenus dangereux qui viennent comparaitre en salle d’audience. Au dernier niveau de ce parallélépipède s’ouvre 1 grande salle de réunion au panorama exceptionnel balayant la ville ancienne à droite jusqu’au constructions modernes de Mériadeck et du CHU à gauche.

A gauche : ouverture zénithale dans une des salles d’audience / à droite : percée et perspective sur le fort du Hâ et en fond la cathédrale Saint-André

Les salles d’audience à contrario, confinées dans un volume évoquant une bouteille de vin ou une tour (à vous de juger), s’élèvent chacune sur leur piédestal en béton. L’intérieur est comme l’extérieur traité en bois. Un bois cependant plus doux, clair qui illumine de sérénité l’espace bercé zénithalement par une lumière quasi divine. L’acoustique y est excellente, et les proportions justes donnent un sentiment de proximité entre le magistrat et son auditoire. 19 ans plus tard, tout le monde continue de se féliciter de la qualité de ces espaces. Enfin les salles sont accessibles par une passerelle qui vient frôler le mur de verre faisant face au parvis. Delà une vue splendide se dégage sur la cathédrale et le fort du Hâ. En faisant un petit effort (ou d’imagination) on aperçoit même l’hôtel de ville au loin. Une preuve que le TGI et la justice gardent toujours un œil sur les pouvoirs de la cité.