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SEMAINE #10 // BIENVENUE À HONG KONG

3 novembre 2017

Jour J____ BIENVENUE À HONG KONG !

Arrivées tôt le matin depuis Dubaï, nous mettons le pied dans ce qui sera la dernière étape de voyage de The H Project. Nous débarquons donc avec l’envie de tout voir, tout absorber dans un délai qui sera hélas plus court que dans les autres villes. Dès l’approche en avion nous ne perdons pas une miette du nouveau paysage que nous allons arpenter.
Force est de constater que nous passons d’un extrême à l’autre – du désert arabe à la végétation dense subtropicale ; de l’espace excessif à l’entassement urbain. Nous ne sommes cependant pas dépaysées climatiquement parlant : chaleur, humidité et frisottis seront de mise pendant tout notre voyage.

26 juin 2017 – L’équipe prête à embarquer pour Hong Kong à l’aéroport de Dubaï

 

 

 

Jour J______ Nous commençons l’exploration par le quartier le plus médiatisé et le plus occidentalisé : Central. Cœur financier et commercial, il rassemble les tours les plus connues de la skyline de Hong Kong. The Center (DLN Architects), Two IFC (International Finance Centre, de César Pelli)… sont de celles que nous passerons ce premier jour. L’occasion également d’expérimenter la circulation sur les passerelles, typique de cette ville tout en superposition verticale.

Notre balade nous conduira jusqu’aux débarcadères du port Victoria d’où nous aurons notre premier aperçu de la péninsule de Kowloon qui fait face et des bateaux Star Ferry mythiques (opérationnels depuis 1888 !). C’est finalement sur le rooftop du IFC mall, la tête dans les gratte-ciel que nous choisirons de passer la soirée.

J+1______ Cette journée démarre par l’exploration de SoHo, quartier dans lequel nous logeons temporairement. Situé entre les districts côtiers plats et les collines , il a la particularité d’abriter un Escalator interminable en plein air : 796 mètres de long pour environ 135 mètres de dénivelé. C’est savamment pensé que son système permet aux Hongkongais de descendre vers leur lieu de travail entre 6h et 10h le matin et aux autres usagers de faire l’ascension sans encombre jusqu’à minuit.
Ces secteurs résidentiels, commerçants et nocturnes sont ponctués d’immeubles de logements hauts et fins, de ruelles colorées et de bâtiments historiques.



Dans Bridges Street, nous essuierons d’abord la déception de ne pouvoir observer le Bridges Street Market, caché par des bâches du fait de sa réhabilitation en un Centre d’Accueil et d’Éducation. Construit en 1953 dans le style moderne, le marché est classé bâtiment historique de grade 3 depuis 2011.
Plus loin, toujours dans la même rue, la Chinese Y.M.C.A. de Hong Kong, construite en 1918 dans un style mélangeant École de Chicago et toiture chinoise retient notre attention. Il faut dire que la brique n’est pas monnaie courante ici en 2017 ! D’autres subsistent également dans le quartier, il s’agit de celles de l’ancien Institut de Pathologie. Construit en 1906 dans un style édouardien, il a été déclaré monument en 1990 puis reconverti en Musée des Sciences Médicales en 1996.

Nous redescendons vers le quartier de Sheung Wan, dans lequel nous observons l’Occident s’effacer au profit du marché et autres étalages de produits médicinaux traditionnels.

Hong Kong possède depuis 2001 un département appelé “Urban Renewal Authority” destiné en partie à la reconversion de bâtiments historiques. Le premier aperçu de cette politique de réhabilitation hongkongaise nous est donné à travers la Comix Home Base dans le quartier de Wan Chai. L’URA, associé au Hong Kong Arts Centre rachète 10 “shophouses” datant des années 20 (classées bâtiments historiques de grade 2) pour les transformer en un complexe artistique. Ouvert depuis 2013, il rassemble studios d’artistes, espaces d’exposition et bibliothèque de comics. Un étage nous retient particulièrement : des étudiants en paysage y exposent leurs rendus finaux.

Autre particularité de la ville que nous découvrons dans le quartier : la “tong lau”, typologie de maison de ville couplée à un commerce (shophouse) dont la façade sur rue se pare de vérandas. Outre celles réhabilitées de la Comix Home Base, celle abritant désormais le restaurant The Pawn se démarque et s’impose dans les rues de Wan Chai.
De nouveau ce soir-là, nous rentrons par Central et nous retrouvons juste au pied des tours illuminées à la nuit tombée.

J+2______ Après avoir parcouru la jungle urbaine par la rue, il était grand temps de prendre un peu de hauteur et d’apprécier la densité du territoire depuis le point le plus élevé de l’île de Hong Kong. Direction le Victoria Peak ! Nous démarrons la randonnée depuis les Mid-Levels, au pied des immeubles d’habitation aisés encastrés dans la pente, pour progressivement s’enfoncer dans la flore luxuriante. Dans la montée se succèdent vestiges de zone de défense militaire et parc propice aux photos de mariage avant la destination ultime du touriste digne de ce nom : la Peak Tower qui offre un belvédère pour apprécier la vue tout en faisant du shopping. Nous préférons rester sur le sentier de marche et faire le tour du sommet afin de s’imprégner sous tous les angles possibles de la nature et le béton que nous surplombons.

Nous passerons la soirée de l’autre côté du port Victoria, à Tsim Sha Tsui quartier de la péninsule de Kowloon qui fait face à Central. Nous y découvrons une agitation décuplée et aurons nos premiers aperçus des “corner houses” (bâtiments composites, mêlant commerces, habitations et services sur plusieurs étages).

J+3•4•5______Cette première semaine s’achève aussi intensément qu’elle a commencé. Dès notre 4e jour nous sommes invitées à la Hong Kong University où nous avons l’honneur de rencontrer Ho Yin Lee. Professeur en charge du Programme de Conservation Architecturale, il nous reçoit pendant pas moins de 3 heures et nous couvre de documents sur l’héritage XXème local. Après avoir déménagé sur la péninsule, nous faisons connaissance avec les quartiers de Kowloon City et de Sham Shui Po dans lesquels nous découvrons la Kowloon Walled City et la Mei Ho House – méritant l’une comme l’autre des articles à elles-seules.
L’aventure hongkongaise ne fait alors que commencer, et l’on comprend que l’on y vivra au rythme de la ville : frénétiquement !

Actualités, Laboratoire d'Idées

AGORA 2017 – REVIVEZ LES EXPOSITIONS DE BOGOTA ET HYDERABAD

27 septembre 2017

Pour sa 7ème édition, la biennale d’architecture, d’urbanisme et de design AGORA a souhaité mettre à l’honneur le grand oublié de ce nominatif à rallonge : le paysage. Le paysage métropolitain plus exactement car il est bien question ici de l’espace public en ville, terrain de recherche de cette biennale qui, comme son nom l’indique, cherche à rassembler sur des questions sociales et politiques les habitants de la cité.

Ainsi du 20 au 24 septembre, le Hangar 14 proposait expositions et débats sur des questions tournées vers le territoire et ses échelles, l’agriculture, le dérèglement climatique et le paysage dans l’air numérique. 5 jours, c’est un peu court selon nous pour parcourir tout les stands, les activités et profiter pleinement de toute cette matière riche mise à notre disposition gratuitement. Une matière qui a pris du temps et de l’énergie pour être créer. Une semaine c’est aussi le temps nécessaire pour certains citoyens d’être informés de l’évènement, le temps pour le bouche à oreille d’opérer. Une intensité cependant défendue par les organisateurs qui préfèrent une activité dense, stimulateur d’idées, qu’une activité sur le long terme plus pédagogique. Les deux se défendent, le tout est de l’assumer.

Cependant aujourd’hui nous ne ferons pas de retour sur le Hangar 14. Non. Pour aborder le paysage il nous semblait plus intéressant de vous parler d’un parcours. Ça tombe bien, AGORA c’est aussi une multitude d’actions et expos dans la ville. Et comme on est friandes de ce qui se passe à l’international, on est allées découvrir les paysages métropolitains de Bogota et Hyderabad, deux villes qui ont répondu présente à l’appel d’AGORA. La première a posé ses valises dans l’espace Saint-Rémi, somptueuse église réhabilitée en espace culturel.

Là, les Colombiens ont mis le paquet pour nous immerger dans leur culture et leur ambition de faire de Bogota une ville mondiale verte et sécurisée. Cartographie interactive (qui nous a bien occupé 30min !), paysages sonores, photos, concepts urbains et vue aérienne gigantesque au sol, le dépaysement est total et réussi. Le café colombien et les pâtisseries sont offertes par des élèves de l’Escuela Taller, ils savent nous prendre par les sentiments ! On sort en ayant saisi les enjeux de cette ville nichée à 2 640m d’altitude, qui s’est développée du sud au nord au pied des montagnes et rivières. Courez-y ! L’expo se prolonge jusqu’au 1er octobre.

Avant de nous y rendre à cette occasion, on était pas au courant que la brillante agence espagnole RCR avait construit à Bordeaux. Réhabilité plus précisément, puisqu’il s’agit là d’un bâtiment en pierre des plus classique, niché discrètement dans la rue Marengo à Saint-Michel. Sur la façade on peut encore lire d’anciennes inscriptions mais la nouvelle poutre en acier et les grilles verticales strictement alignées annoncent un tout autre univers architectural à l’intérieur. Dès lors, on ne sera pas déçues. Bien au contraire. A peine le palier franchi on reste sans voix devant une grande hauteur structurée par une charpente en bois rustique qui se marie très bien avec la pierre des murs mitoyens et l’acier brut allégé par un découpage en lamelles fines. Si la matérialité est belle, l’espace et le soucis du détail ne sont pas sans restes. Pour rejoindre l’exposition, on contourne un long banc en acier qui fait office de garde-corps (malin !) et on descend un escalier qui semble tout droit nous mener dans d’anciennes caves à vin.

Là, les voutes ont été conservé mais c’est bien le sol neuf qui attire notre attention : du gravier blanc contenu dans des alvéoles en plastique elles-même solidarisées et fermées en dessous par du géotextile. Le gravier ne bouge pas, le pas accroche mieux, c’est brillant. Outre l’architecture du lieu, l’exposition se déploie sous 3 voutes. Hyderabad nous est conté en photos : comparant différents lieux emblématiques de la ville à 1 siècle de différence, en cartes anciennes et en vidéos présentant l’écosystème vital d’une ville millionnaire.

Mais c’est bien au bout de l’exposition, prenant place dans une salle grandiose aussi haute que longue, que on prend conscience du paysage rocheux et de l’hydrologie caractéristique de cette ville étendue sur le plateau du Deccan en Inde du Sud. Une maquette en bois, réalisée par les étudiants de l’ENSAP Bordeaux sous la direction de J. Kent Fitzsimons, rend compte de la topographie et l’hydrographie unique du lieu. Invitées à marcher dessus, on mesure d’abord la géologie du sol avant de découvrir, à une toute autre échelle, l’urbanité qui si meut matérialisée par des maquettes en lévitation. L’éclairage, la qualité des maquettes tout autant que la superbe de la pièce, on est fans. C’est sur des notes de musiques indiennes qui semblent nous avoir téléportées dans un monde à part que nous quittons cette belle découverte… Direction les quais !

On était curieuses de voir comment le centre historique, minéral au possible, allé s’emparer de cette question du paysage. Sans grande surprise, il a tout misé sur ses quais et son rapport au fleuve. C’est redondant mais ça marche. Tout le monde s’en félicite, aussi bien qu’en hommage à son grand créateur, AGORA se clôturera par l’inauguration de la “promenade Michel Corajoud”. Pour l’occasion 1800 plants de tomates ont été aligné sur la rive gauche. Des tomates destinées à tous. Au niveau de la place de la bourse les jardineries Truffaut ont installé un potager urbain. Invitant à la détente, les gens se laissent aller sur les poufs à billes, à l’ombre des parasols avec, en décor, des choux, des graminées et des géraniums. La fontaine des Trois Grâces verse du “vin”, on n’y croirait presque.

Sur le miroir d’eau, un cinéma en plein air a pris place. On peut enfin se poser sur des bancs grâce au design tentaculaire des œuvres de Pablo Reinoso. On oublierait presque que cette carte postale idyllique prendrait une toute autre tournure sans ce beau soleil. Oui, le paysage c’est aussi une question météorologique ne l’oublions pas. Et ce qui manquerait presque à cette biennale c’est ce temps de pluie, voir la temporalité des saisons, qui attribuent des atmosphères plurielles au paysage. D’ailleurs au passage vendredi 22, c’était l’automne.

Plus d’infos sur la biennale et les expos encore en cours ———–> AGORA 2017

Actualités, Laboratoire d'Idées

JEP 2017 – UN SOUFFLE DE MODERNITÉ DANS LES INSTITUTIONS

20 septembre 2017

Ce week-end se tenait en France comme partout en Europe les JEP : Journées Européennes du Patrimoine. Et comme chaque année on en a profité pour s’introduire dans des lieux en temps normal fermés au public et écouter les guides et usagers nous compter leurs histoires. Pour pas faire de jaloux on a visité un bâtiment XXème bien sûr : le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux TGI, mais également un ensemble issu de la fin du XIXème au programme assez singulier : le Centre Hospitalier Charles Perrens CHCP. Si vous n’avez pas pu profiter de ces journées, The H Project est là pour vous partager ses visites. Plongé dans deux institutions de l’État qui chacune à son époque aspiraient à un souffle de modernité.

En arrière plan la cuisine du CHCP, avec en premier plan l’emplacement de l’ancien bassin

 

CHCP

Le CHCP a tendance à souffrir de son image stéréotypé d’asile d’aliénés. Pourtant en son sein œuvre un pôle culturel très dynamique et bienveillant qui cherche à inviter la culture au sein de son établissement pour le faire vivre et briser ce mur invisible qui s’est construit inconsciemment avec la ville et ses habitants. Car le centre, comme toute structure publique, est ouvert à tous. Et l’architecture qui y demeure vaut la peine de gravir la petite colline.

C’est en 1885 que l’État charge l’architecte Jean-Jacques Valleton (1841-1916) de construire à Bordeaux une structure asilaire moderne en accord avec les théories aliénistes de l’époque. Les asiles pour femmes et pour hommes situés respectivement à Saint-Jean et à Cadillac, ne font guère honneur à la république nouvellement en place et aux besoins des patients. Une structure unique, destinée à toutes les classes sociales, proposant des soins à l’eau et pratiquant les électrochocs doit être pensée.

Vue du bâtiment de l’administration depuis la cours intérieure

Jean-Jacques Valleton, Bergeracois, à l’époque architecte départemental, a fait ses armes auprès de Paul Abadie avant d’arriver en 1863 à Bordeaux. Un apprentissage qui se traduit de par son architecture classique en pierre, sobre et symétrique. Pour s’acquérir de sa tache il est gracieusement payé pour aller étudier les architectures asilaires anglaises et parisiennes dont il s’inspirera en partie. A son retour il choisit comme implantation les anciennes terres viticoles du Château Picon qui s’étendent sur pas moins de 24 hectares. Elles sont dans un sens loin de la ville entre Bordeaux et Pessac au cœur des vignobles, mais assez proche pour être reliées au centre par l’omnibus à cheval de l’époque qui passait devant le Château. Le Château justement est un atout selon Valleton, bâti idéal pour accueillir les patients fortunés. A l’époque toutes les classes sociales recevaient les mêmes soins au sein d’une même structure mais elles n’étaient cependant pas logées à la même enseigne. Ce traitement de luxe accordé aux riches contribué à financer le fonctionnement de l’hôpital et les soins des autres aliénés. Sa situation à proximité du ruisseau du Peugue sera elle aussi déterminante pour alimenter le pavillon des bains destiné aux traitements des malades.

L’ancien Château Picon quelque peu transformé pour accueillir les malades fortunés

La construction débutée en 1887 sera relativement rapide. D’une durée de 3 ans, elle accueillera les premiers patients dès 1890. L’architecture de l’ensemble est rationnelle et fonctionnelle, la structure générale propre à la patte de Valleton est symétrique et pyramidale, les bâtiments étant plus haut au centre qu’aux extrêmes. Elle est organisée en peigne, les unités étant desservies par une grande galerie et centralisées autour d’un bâtiment charnière : la cuisine. La chapelle, témoignant de l’action indispensable des Soeurs dans les asiles de ce temps, se détache de la structure au nord et fait fasse au pavillon des bains. Tout autour, des pavillons sont dispersés pour loger une partie du personnel et les malades très aisés. Le tout est ouvert sur des cours végétalisées, un bassin, des serres et potagers et un parc au pied du Château qui offrent un cadre bucolique aux patients tourmentés.

Vue aérienne et description détaillée des usages des différents bâtiments

En 1974, pour en changer l’image et pour marquer l’approche désormais médicale des pathologies, l’établissement a été rebaptisé hôpital Charles-Perrens en référence à un médecin qui y a exercé. Aujourd’hui de nombreux changements notamment internes au bâti ont été opéré, s’adaptant aux nouveaux soins et à l’accueil des malades. C’est certainement l’aménagement paysager qui fut le plus transformé avec la construction de routes goudronnées et de parking au sein du centre, la fermeture et sécurisation des cours entre les unités, l’asséchement du bassin central remplacé par des palmiers ou encore la destruction des serres et jardins potagers au profit d’une extension contemporaine bâtie.

A gauche : intérieur de la chapelle bâti sur le plan d’une croix grecque / au milieu : détail d’un chapiteau décoré de pomme de pin, clin d’œil local / A gauche : détail de la façade principale

Si avec le temps de nouveaux bâtiments sont venus se greffer répondant à de nouveaux besoins, l’unité architecturale du centre demeure pourtant quasi intact. Mais pour combien de temps ? la cuisine, ancien point névralgique du projet de nos jours laissée en désuétude, attend toujours des financements pour accueillir le centre culturel tant espéré du personnel soignant et du pôle culturel. Quand aux deux pavillons de luxe situés à l’Ouest ils seront détruits avant la fin de l’année. Vous savez ce qui vous reste à faire : filez y jeter un coup d’œil !

Photo de gauche : l’extension contemporaine à gauche qui remplace les serres, et les pavillons qui vont être prochainement détruits à droite / Photo de droite : curieux mélange des genres

 

TGI

Non pas que l’étude du TGI nous est échappé durant nos études, mais c’est bien cette fois-ci l’immersion dans une partie habituellement interdite au public qui nous a attiré. Écouter le président du TGI nous exposer sa vision et son vécu du TGI au quotidien, ça n’a pas de prix.

Dans les années 1980-90 l’état lance des appels à projets publics afin de renouveler ses bâtiments judiciaires anciens et d’apporter un souffle de modernité à l’institution tout en améliorant son image. C’est dans ce contexte que le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux verra le jour, ouvrant ces portes en 1998 après quelques années de déboire au niveau des concours.
Le projet s’inscrit dans un site stratégique chargé d’histoire comprenant : le fort du Hâ (1453) classé Monument Historique en 1968, l’ancien palais de justice aujourd’hui cours d’appel également classé (1846), l’École Nationale de la Magistrature ENM (1972) et non loin de là la cathédrale Saint-André inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO au travers des chemins de Compostelle. Un défi délicat s’impose donc aux architectes : tisser avec l’histoire tout en clamant une envie de renouveau moderne.

A gauche : vue depuis le 5ème étage sur l’atrium et ses tirants et les “œufs” / à droite : vue sur l’atrium et l’œuvre de Pascal Convert représentant les 1% d’art dans chaque nouvelle construction publique

C’est à travers le symbolisme de la transparence de la justice que l’architecte britannique Richard Rogers trouvera un concept fort pour dérouler le fil de son projet. Reconnu pour ces constructions high-tech aux allures de machines, il se servira du verre pour traduire cette transparence, de structures métalliques pour amener de la légèreté et du bois pour adoucir l’ensemble et faire un clin d’œil aux cuves viticoles de la région. Mais c’est du point de vue du traitement urbain que l’architecte se démarque en prenant le parti de concentrer les volumes du TGI afin de dégager un grand parvis au pied du fort du Hâ. Celui-ci est ainsi mis en valeur tout en magnifiant le portail d’entrée et en offrant de l’espace public supplémentaire aux riverains.

Structurellement, le plan se décompose en 2 parties correspondant aux deux fonctions du palais : les bureaux et les chambres de conseils d’un coté et les salles d’audiences de l’autre. Les deux entités sont séparées au centre par un atrium ample diffusant la lumière et ventilant le bâtiment. Le temps démontrera que le système d’insufflation ne fonctionne cependant pas correctement. Afin de mettre en avant l’activité qui fourmille dans un tribunal, l’architecte place les bureaux à la vue des passants sur le cours d’Albert dans un rigueur architectural des plus conventionnelle au regard du contexte architectural historique. Le soubassement en pierre, volonté imposé de l’ABF, n’était d’ailleurs pas prévu à l’origine. Une transparence qui met mal à l’aise les magistrats, confrontés et exposés aux regards de certains prévenus dangereux qui viennent comparaitre en salle d’audience. Au dernier niveau de ce parallélépipède s’ouvre 1 grande salle de réunion au panorama exceptionnel balayant la ville ancienne à droite jusqu’au constructions modernes de Mériadeck et du CHU à gauche.

A gauche : ouverture zénithale dans une des salles d’audience / à droite : percée et perspective sur le fort du Hâ et en fond la cathédrale Saint-André

Les salles d’audience à contrario, confinées dans un volume évoquant une bouteille de vin ou une tour (à vous de juger), s’élèvent chacune sur leur piédestal en béton. L’intérieur est comme l’extérieur traité en bois. Un bois cependant plus doux, clair qui illumine de sérénité l’espace bercé zénithalement par une lumière quasi divine. L’acoustique y est excellente, et les proportions justes donnent un sentiment de proximité entre le magistrat et son auditoire. 19 ans plus tard, tout le monde continue de se féliciter de la qualité de ces espaces. Enfin les salles sont accessibles par une passerelle qui vient frôler le mur de verre faisant face au parvis. Delà une vue splendide se dégage sur la cathédrale et le fort du Hâ. En faisant un petit effort (ou d’imagination) on aperçoit même l’hôtel de ville au loin. Une preuve que le TGI et la justice gardent toujours un œil sur les pouvoirs de la cité.

Actualités, Dubaï

SEMAINES 7# ET 8# // HYMNE À UNE VILLE COSMOPOLITE

6 juillet 2017

C’est le cœur serré et à 300 à l’heure que nous achevons cette étape à Dubaï. Le cœur serré car parties avec une innocence des plus pures, nous repartons étourdies par l’énergie, la pluralité et le potentiel de cette perle du désert qu’est les Émirats ; à 300 à l’heure car 1 mois de plus n’aurait pas été de trop pour finir de visiter en détail les coins et recoins de l’architecture moderne de Dubaï. Faute de temps il nous a fallu courir et être concises.

Aussi nous avons ces deux dernières semaines enchainé les visites de bâtiments bien ciblés, filmé des ambiances de quartiers, inspecté un chantier, traversé le désert, recueilli les impressions de deux citoyens et interviewé un architecte et un CEO. Rien que ça ! Aussi nous aurions pu vous faire un compte rendu de l’avancement du chantier de la future plus haute structure au monde, ou vous parler d’avantage de Rowen et Tiziano nos deux prochains CITIZEN, ou encore vous raconter notre formidable rencontre avec le grand architecte de Dubaï : Brian Johnson de l’agence GAJ et le CEO du Dubaï Creek Golf Club. Pourtant, nous n’aborderons rien de tout ça dans ce dernier article sur les Émirats. Nous tenions plutôt à vous parler d’une composante essentielle, ci ce n’est la plus influente, qui a fait la ville ici et dont nous avons vraiment pris conscience qu’une fois sur place : la diversité culturelle. Saviez vous que, d’après le rapport de 2015 sur l’immigration dans le monde, Dubaï est la ville la plus cosmopolite au monde ?

Quand on nous demande quel est le plat traditionnel des Émirats, la réponse se fait attendre. Tout simplement car il n’y en a pas vraiment. Le chicken madrooba ? Le lamb machboos ? ou le chicken biryani, le tabouleh et le umm ali ? car si les deux premiers contrairement aux autres sont originaires du Golfe, ce sont bien les 3 derniers qu’on retrouve plus communément dans les restaurants à Dubaï et qui sont de surcroit plus consommés. Pourtant le premier vient d’Inde, le second du Liban et le troisième d’Égypte. Ainsi plus nous expérimentions les différentes cuisines “locales”, plus nous avions l’impression de comprendre la construction de la ville. Les Émiratis à Dubaï ne représentent que 16% de la population, les 84 autres % étant des expatriés dont les 3/4 sont originaires d’Asie et dont la moitié sont des Indiens. Une immigration qui a façonné jusqu’aux agencements et styles architecturaux un désert en manque cruel de contexte.

De vague d’immigration en vague d’immigration, de culture en culture, de quartier en quartier, la ville s’est donc bâtie. Du cœur ancien de la ville sur les bord du Creek jusqu’aux gratte-ciel de la Marina, les communautés s’égrainent par quartier le long de la côte entre le rivage et l’artère principale de Sheikh Zayed Road. Aussi on a trouvé amusant de faire un parallèle entre les plats et boissons que nous avons découvert et les styles architecturaux et quartiers éclectiques de la ville. Ainsi à Bur Dubai et Dera résident les populations installées depuis toujours à Dubaï (“toujours” remontant à plus de 30 ans). On y mange indien, libanais, iranien etc. en somme toutes cuisines du Moyen-Orient et de l’Inde. En parallèle c’est là qu’on retrouve le quartier historique d’Al Fahidi construit par des immigrés iraniens ayant importé la tour à vent et la majorité des souks, ancien mall du Moyen-Orient. Non loin de là, on s’engouffre dans la Hindi Lane, seule rue accueillant un temple hindou à Dubaï, et la culture indienne s’offre à nous.

Bur Dubaï se prolonge avec le quartier de Karama qui vous projette directement en Inde et au Pakistan. Le long des artères, la ville se compose désormais d’îlots bien alignés regroupant des bâtiments modernes de 3 à 5 étages logeant des commerces en RDC et des logements aux étages supérieurs. La nuit, le quartier s’anime et se colore des néons pimpants qui proposent toutes sortes de biens et services à des prix dérisoires. On flâne et se restaure dans de succulents restaurants végétariens du Kerala et des bakeries libanaises.

Si on continue à glisser vers le sud-ouest, on finit par arriver au World Trade Center et à emprunter Sheikh Zayed Road (SZR). Un tout nouvel urbanisme marquant la modernité post-découverte du pétrole et la création des EAU s’élève sous nos yeux. Tout de verre et d’acier, les gratte-ciel s’alignent strictement le long de l’autoroute à 2X6 voies rivalisant de styles et de couronnements. À leur pied, du côté de la mer, contraste le quartier d’Al Satwa avec ses maisons en RDC et ses parkings de sable. Un abaissement comme nécessaire pour mieux apprécier l’éminence de l’allée royale de buildings de SZR. Ainsi, à l’image de la ville, cohabitent deux mondes : l’un où l’on mange des sushis en buvant des cocktails hors de prix sur le rooftop d’une tour, l’autre où l’on chine des valises à 60 dirhams dans de petites boutiques avant de manger épicé à l’indien-pakistanais du coin.

Passé Al Satwa, les habitations et commerces se dissocient et plus on avance vers la Burj Al Arab et les constructions touristiques qui s’en suivent plus les logements deviennent individuels et luxueux. Ici s’étendent Jumeirah puis Umm Suqueim, deux quartiers résidentiels où les commerces et services se concentrent le long de Jumeirah Beach Street et Al Wasl. Il est facile de s’y perdre en voiture une fois rentré dans le labyrinthe des lotissements aux villas et palais plus colossaux les uns que les autres. Le nombre impressionnant de mosquées au km2 nous laisse entendre qu’une importante population d’Émiratis et de riches expatriés musulmans vivent ici côtoyant des populations minoritaires d’Occidentaux et d’Indiens tout aussi fortunées.

Au delà de la Burj Al Arab et de Madinat Jumeirah s’étend le nouveau Dubaï, celui du 21ème siècle encore juvénile, provocateur et flottant, où les programmes immobiliers poussent comme des champignons proposant des thèmes de plus en plus codés. Les terrains et plages gagnés sur la mer de la Palm Jumeirah offrent l’accession à la propriété aux non Émiratis, pendant que le Battuta Mall nous rappelle “subtilement” que Dubaï est un Eldorado mondial dont le Mall est l’emblème, ville artificielle de surcroit.

Nous quittons les Émirats sur un air festif : c’est la fête de l’Aïd El Fitr célébrant la fin du Ramadan ! Nous souhaitions clôturer ce beau voyage en vous partageant notre panorama préféré de Dubaï sur les rives du canal le long de Safa Park. Un brin nostalgiques, une nouvelle page se tourne…

Actualités, Dubaï

SEMAINES 5# & 6# // HUB ARTISTIQUE, CONFÉRENCE, ET SYMBOLES ARCHITECTURAUX A DUBAI

15 juin 2017

Nous entamons notre deuxième mois ici aux Émirats et le temps semble, tel le sable, nous glisser entre les doigts. Nous avons quitté notre paisible communauté pour rejoindre le cœur de Dubaï dans le quartier émirati de Jumeirah 3. Depuis le 27 mai le mois sacré le plus important de la religion musulmane a commencé : le Ramadan. A proximité de minimum 4 mosquées, nos journées sont bercées par le champ des appels à la prière et chaque soir est une fête qui dure jusqu’à 2h du matin. La journée, boire et manger en public est interdit et il est très difficile de trouver un restaurant ou des magasins ouvert excepté dans les malls. Cependant dès le coucher du soleil la ville s’anime et nous expérimentons les Iftars : repas festifs du soir après le jeûne. Une immersion dans la culture locale qui nous ravies les sens et les papilles!

Autre bonne nouvelle depuis notre déménagement dans Dubaï :  on a récupéré une NOUVELLE VOITURE !!! Et dieu sait combien elle est indispensable dans les nouveaux pays industrialisés du XXème siècle. La conduite est une des clés les plus révélatrice pour comprendre un pays. Ces villes, construites à l’aube de l’avènement automobile et de l’urbanisme qui en découle, ne se livrent qu’une fois leurs infrastructures routières parcourues en long en large et en travers.

Une idée de la liberté à cette époque qui malgré de timides efforts pour développer les transports en communs (souvent réservés aux plus démunis) est toujours valable aujourd’hui. Toute transition énergétique se doit de prendre en compte ce facteur “liberté” acquis pendant un siècle. Même si on peut le voir comme un individualisme allant contre la réduction de nos énergies et de notre empreinte carbone, il est pourtant une réalité bien ancrée que les habitants de ces villes ne sont pas prêts d’abandonner de sitôt. Aux EAU, minimum 3mois dans l’année les températures dépassent les 40°C avec des taux d’humidité très élevés. Difficile alors de se déplacer en vélo, encore moins à pied où les 10min de trajet pour rejoindre l’arrêt de bus deviennent une épreuve. Avoir un moyen de transport individuel se veut alors indispensable.

La voiture est l’héritage du XXème siècle ayant eu un des plus gros impacts sur nos villes, et il est essentiel de penser son évolution dans le futur comme nous pensons la réhabilitation de nos bâtiments.

J+35_______ Le nom d’Alserkal Avenue résonne dans tout Dubaï en ce moment. Tout le monde en vante les mérites qui seraient à la hauteur de sa notoriété grandissante. Un tour du quartier s’imposait donc.

Étant à l’origine une zone industrielle commune alignant en rang d’oignons des entrepôts marchands, le quartier d’Al Quoz voit sa destinée changer du tout au tout quand la galerie d’art Ayyam y installe ses œuvres en 2008. Les années suivantes plusieurs galeries, mais aussi des designers et des start-up lui emboitent le pas. En 10ans Alserkal Avenue devient l’un des hubs artistiques les plus attractifs des Émirats se donnant pour ambition de promouvoir les initiatives culturelles notamment contemporaines de la région. Et ça marche : en 2012 la surface investie est doublée, et en 2017 OMA y construit une salle polyvalente prolongeant un espace public ancré au cœur du complexe.

Une reconversion industrie/lieu culturel déjà expérimentée plusieurs fois en Europe mais qui relève de l’audace pour les Émirats. D’abord il y a la démarche de reconversion qui est très peu pratiquée dans un pays où l’argent ne manque pas pour construire et où le foncier est illimité. Ensuite il y le lieu improbable des entrepôts industriels très éloignés du glamour pimpant du downtown ou de la Marina de Dubaï. Et enfin il y le programme très mixte et flexible en réalité comparé aux univers artificiels qu’on a l’habitude de fréquenter dans la ville.

Tout droit importé d’occident, le concept plait particulièrement aux expatriés occidentaux qui en ont fait leur lieu de rendez-vous. Praticable à pied, on retrouve une urbanité à bonne échelle, simple, très quadrillée, où les volumes saillants des entrepôts se détachent. L’esthétique puriste de la tôle est la toile de fond idéale pour installer une signalétique. Elle détaille même parfois la technique du bâtiment de manière très artistique. Une démarche prometteuse qui on l’espère inspirera dans l’avenir de nouvelle reconversion à Dubaï.

J+41_______ Comme vous le savez peut-être nous travaillons depuis notre arrivée à un partenariat avec l’Alliance Française et lundi 5 juin cela s’est concrétise ! Nous avons pu exposer nos recherches à l’occasion du Rendez-Vous du Lundi organisé chaque lundi matin par la médiathèque de l’Alliance et qui rassemble une audience majoritairement composée de femmes expatriées françaises. Très belle rencontre avec un public de 33 personnes (notre record ! ) très réactif et communicatif qui n’a pas hésité en échange à nous partager son ressenti personnel vis à vis de l’urbanisme, de l’architecture et du mode de vie ici à Dubaï. Et si ces nomades du monde étaient finalement les bâtisseurs du patrimoine commun mondial ?

De leurs point de vue ils ont importé ici la culture du dehors, ouvrant les logements sur l’extérieur, multipliant les activités sportifs et de plein air, aménageant les plages et tentant de créer un semblant de vie de quartier et d’espace public qui leur manque tant ici aux Émirats. Il faut dire que la ville nouvelle dans son ensemble n’a pas été pensé pour être parcourue à pied et la rudesse du climat depuis toujours a développé des architectures closes et/ou ouvertes sur des cours internes transparaissant jusqu’au mode de vie recentré sur les activités en famille et en intérieur.
Nous espérons avoir la chance de renouveler cette expérience à Hong Kong. Nous y travaillons. Vous en serez bien évidemment les premiers informés !

J+45______ Parmi les centaines de tours qui composent la skyline de Dubai nous avons trouvé NOTRE COUP DE COEUR dans le quartier fraichement érigé de Business Bay : la Residence 22 Tower.

De toutes les constructions parées de verre que nous avons pu voir ici, celle-ci a su répondre esthétiquement à la contrainte thermique qui est inévitable dans un contexte désertique. Les vitres teintées d’un marron glacé contrastent subtilement avec le blanc coquille d’œuf de la trame décalée en façade. ça change des vitres miroirs aux menuiseries inexistantes d’un certain goût. Élégante, bien proportionnée, minimaliste avec des finitions de qualité, elle trône au pied d’un des canaux que compte le nouveau centre urbain de Dubaï. La liaison avec la berge est fluide et cohérente avec l’ensemble du bâtiment.

22, c’est le nombre d’étages qu’elle comptabilise, proposant à chacun un appartement penthouse de pas moins de 445m2. On vous partage le plan trouvé sur le site internet d’une des agences immobilières. Vous noterez le nombre incalculable de salles de bain qui est définitivement une obsession ici aux Émirats, le dressing qui fait la taille de la chambre mais aussi l’espace réservé à la nanny. Accès privatisé par ascenseur donc, piscine sur le toit, salle de gym en rez-de-chaussée, service de catering, si vous souhaitez y louer un appartement il vous faudra déverser la modique somme de 10 000€ par mois. Et surtout, n’oubliez pas de nous inviter à la pendaison de crémaillère.

Credits : Core Real Estate

J+51______ Il n’est pas nécessaire de chercher très loin pour connaître 2 des bâtiments les plus emblématiques des Émirats… pas plus loin que dans son portefeuille. Le Dubaï World Trade Center et le Dubai Creek Golf Club se sont fait tirer le portrait pour figurer sur les billets de 100 et 20 Dirhams. Deux programmes qui illustrent parfaitement le profil que la ville cherche à montrer au monde entier : un haut-lieu du business et du loisir de luxe.

Tout premier gratte-ciel de Dubaï, le Trade Center se fait remarquer dès sa construction par son emplacement. Alors que la ville se concentre à cette époque autour du Creek avec les quartiers de Bur Dubaï et Deira, Cheikh Rashid bin Saeed Al Maktoum fait le pari d’implanter le cœur des affaires au-delà des limites de la ville. Certes la tour de 39 étages se positionne le long de la fameuse Sheikh Zayed Road qui articule tout l’espace urbain en croissance. Mais quand elle ouvre en 1979 elle est encore située en plein désert et le programme est forcé de s’accompagner de logements et d’un hôtel à son pied afin de loger les futurs businessmen emmenés à y travailler.

Le britannique John Harris – déjà architecte en charge du masterplan de Dubai en 1959 – dessine un bâtiment phare et fait entrer la ville dans la modernité en utilisant la forme de la tour et le béton préfabriqué. C’est donc fidèle à l’esprit marchand des Émiriens que le premier véritable symbole de la ville est un programme de bureaux accueillant une bourse et un parc des expositions. Aujourd’hui définitivement au cœur de la ville, il se détache toujours de la masse des buildings de verre par sa double peau de béton blanc qui le rattache davantage que ses voisins plus récents au climat local. On lui trouve personnellement un petit air des réalisations de Yamasaki à Détroit.

Empruntant sa forme aux voiles des dhows (voiliers arabes traditionnels très empruntés dans la vieille ville), le golf club trône quant à lui au milieu des greens du Dubai Creek depuis 1993.

Dessiné par l’agence Godwin Austen Johnson qui y réalise son premier projet aux Émirats, il surplombe la crique dubaïote et offre un panorama exceptionnel aux golfeurs. Sa notoriété est telle qu’au delà des billets, on le retrouve aussi placardé sur les fresques du tunnel de la D78. Difficile de trouver des bâtiments davantage représentatifs de l’héritage du Dubai des années 1970-90 tant c’est la période dont les ouvrages tendent le plus à être détruits pour laisser place aux nouveaux projets de développement contemporain. (Sans parler bien sûr de la Burj Al-Arab) Il semble cependant que ces deux exemples soient suffisamment ancrés dans les mémoires pour qu’ils soient conservés, même si à l’heure actuelle aucune législation ne les protège encore.

 

Actualités, Dubaï

SEMAINE 3# & 4# // DES BANCS DE L’UNIVERSITÉ AUX PARCS ET MUSÉES DE SHARJAH

26 mai 2017

J+21______Lundi 15 Mai nous étions à Al Ghurair University à Dubai Academic City pour partager aux étudiants du département d’architecture notre vision du patrimoine dans le monde. Première longue intervention en anglais pour nous qui s’est très bien déroulée.

Il fut très intéressant en retour de questionner les étudiants sur ce que représente à leurs yeux leur propre patrimoine. En effet, la quasi totalité, hors mi une étudiante émiratie, sont nés dans un pays du Moyen-Orient, d’Asie du Sud ou d’Afrique. Pourtant s’ils sont arrivés durant leur enfance aux Émirats et ne sont retournés que deux ou trois fois dans leurs pays natals, sans aucunes hésitations leur patrimoine s’est forgé pour eux dans leurs racines. Difficile alors de considérer et donc de conserver un patrimoine aux Émirats qu’ils côtoient pourtant au quotidien et seront les futurs bâtisseurs. La mission de les sensibiliser aux enjeux de cette ressource inépuisable qu’est l’héritage est ainsi essentielle.

Merci mille fois à Tiziano Aglieri Rinella et Ruben Garcia Rubio pour l’invitation!

J+26______ Si Dubaï et Abu Dhabi sont respectivement les capitales économique et symbolique des EAU, Sharjah en est la capitale culturelle. Forte d’une qualité muséale unique dans le pays, couplée à une programmation culturelle riche, elle attire de plus en plus d’occidentaux cherchant à s’éloigner de la frénésie de Dubaï pour retrouver une authenticité.


On retrouve à la tête de l’Émirat, la famille régnante Qassimi descendante des pirates qui attaquaient les navires sur la route de l’Inde. A l’époque, le port de Sharjah était le plus florissant du Golfe. Son ensablement dans les années 50 déplacera malheureusement son activité vers Dubaï. Depuis la découverte de réserves de gaz et de pétrole et son adhésion à la fédération des Emirats en 1971, l’émirat profite d’une toute autre dynamique. Devenu hub industriel et intellectuel, le tissu urbain moderne qui s’est répandu sur les rives du Khalid Lake accueillent désormais des entreprises internationales.

En résulte une ville à bonne échelle, à la skyline harmonieuse, agréable à parcourir à pied ce qui est très rare aux Émirats. On retrouve des espaces publics, arborés comme le splendide Al Nakheel Oasis, structurés comme l’Al Majaz Waterfront ou animés comme les berges du Qasba canal. L’architecture aux codes traditionnels se marrie bien avec les tours modernes de verres et de béton. Le blue souk, construit dans les années 80, est un excellent manifeste de se mélange de style.


Quand à l’ensemble de plot construit le long de l’avenue d’Al Hisn, ça n’est pas sans nous rappeler les tours bordelaises de Meriadeck.

L’exposition “Beloved Bodies II” du Maraya Art Center nous donne un avant-goût prometteur de l’offre culturelle de la ville. Une découverte que nous prévoyons de poursuivre à la Art Fondation de Sharjah en compagnie de deux professeurs en architecture de l’université américaine de Sharjah.

J+30_______ Encore une journée très enrichissante en compagnie de Kevin Mitchell et Juan Roldan, professeurs à l’Université Américaine de Sharjah. Merci! Grace à eux nous saisissons désormais mieux la complexité pour la population des EAU de s’approprier leur patrimoine, si ce n’est même d’en identifier un tant la mixité culturelle brouille l’unité et la construction de la fédération est récente.

Ainsi si la notion première de “patrimoine commun” est délicate, difficile de distinguer des architectures qui la reflètent. La conservation, car il est bien question de ça ici et non d’héritage, si elle a lieu, reste une démarche intuitive voir involontaire. Kevin Mitchell note cependant, après 18ans de vie aux EAU, qu’une prise de conscience et une reconnaissance d’un patrimoine bâti s’éveille doucement depuis quelques années. Reste maintenant à regrouper des experts autour du sujet, voir à en former quelques-uns : encore aucune université aux EAU ne dispense de cours ou de formation sur le patrimoine et la conservation en architecture.

Après avoir croisé les sourires d’étudiants fraichement diplômés, Juan Roldan nous présente les travaux réalisés à échelle 1 au sein de l’école. Le travail est impressionnant. Les machines, à la pointe de la technologie nous subjuguent autant que la qualité des détails de chaque production.

Nous reprenons ensuite les allées “présidentielles” du campus pour nous rendre dans le centre de Sharjah où Juan tient à nous montrer l’Art Foundation. Un subtile mélange de vernaculaire et de minimalisme contemporain s’offre à nous sublimé par la lumière aiguisé du Golfe. Une régénération de tissu ancien comme on les aime. Sur fond de ville moderne, la fondation a élu domicile sur les ruines de l’ancien cœur historique. Elle accueille tout les deux ans depuis 2009 de Mars à Juin la biennale de Sharjah. Encore un excellent exemple de la richesse et du dynamisme culturel de la ville. La pureté blanche des nouveaux bâtiments magnifient, toujours avec beaucoup de retenu, les lignes rugueuses des murs en corail. On est sous le charme, on vous laisse admirer.